Après plus de 400 textes corrigés, je retrouve d’un manuscrit à l’autre les mêmes erreurs. Elles n’ont rien de honteux : ce sont des pièges connus, que même les auteurs les plus attentifs laissent passer. Les voici, avec pour chacune la règle et un exemple.
1. Les espaces devant la ponctuation double
Le point-virgule, les deux-points, le point d’exclamation et le point d’interrogation sont précédés d’une espace, qui doit être insécable pour ne jamais se retrouver seule en début de ligne. Il en va de même à l’intérieur des guillemets français. Eh oui : en typographie, espace est féminin.
✗ Tu viens? ✓ Tu viens ?
2. La ponctuation des dialogues
Le dialogue s’ouvre par un guillemet, chaque changement d’interlocuteur est signalé par un tiret, et le guillemet fermant clôt l’échange. Les incises (dit-il, répondit-elle) restent à l’intérieur des guillemets et ne prennent pas de majuscule. Beaucoup d’éditeurs se passent aujourd’hui des guillemets et n’utilisent que des tirets : c’est un choix possible, à condition de s’y tenir dans tout le livre.
✗ « Tu viens ? Demanda-t-il. ✓ « Tu viens ? demanda-t-il.
3. Les majuscules sans accent
Les majuscules prennent les accents, le tréma et la cédille. L’Académie française le recommande expressément, et l’Imprimerie nationale l’applique : l’accent a pleine valeur orthographique, et son absence peut créer des ambiguïtés.
✗ A cet instant, Elodie se retourna. ✓ À cet instant, Élodie se retourna.
4. « Après que » suivi du subjonctif
Après que introduit un fait accompli : il se construit avec l’indicatif. C’est avant que qui appelle le subjonctif.
✗ Après qu’il soit parti, elle pleura. ✓ Après qu’il fut parti, elle pleura.
5. L’accord du participe passé avec avoir
Avec l’auxiliaire avoir, le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct lorsque celui-ci est placé avant le verbe.
✗ Les lettres qu’il avait écrit ✓ Les lettres qu’il avait écrites
6. Les prépositions en trop
Certains verbes se construisent directement, sans préposition : on se rappelle quelque chose, on pallie quelque chose. En revanche, on se souvient de quelque chose.
✗ Il se rappelait de son enfance. ✓ Il se rappelait son enfance.
7. Les pléonasmes
Monter en haut, descendre en bas, prévoir à l’avance : le pléonasme répète une idée déjà contenue dans le mot. Il peut caractériser un personnage dans un dialogue ; dans la narration, il alourdit la phrase.
✗ Elle monta en haut des marches. ✓ Elle monta les marches.
8. Les répétitions et les tics d’écriture
Soudain, alors, commencer à, se mettre à, un sourire qui étire les lèvres à chaque page : chaque auteur a ses mots refuges. Ils passent inaperçus à l’écriture, mais le lecteur, lui, finit par les compter.
✗ Soudain, la porte s’ouvrit. Soudain, un cri retentit. ✓ La porte s’ouvrit. Aussitôt, un cri retentit.
9. Le mélange des temps du récit
Un récit au passé s’appuie sur le passé simple pour les actions de premier plan et sur l’imparfait pour les descriptions et les actions en cours. Glisser vers le passé composé ou le présent sans intention narrative brouille la chronologie.
✗ Il ouvrit la porte et a vu la lettre. ✓ Il ouvrit la porte et vit la lettre.
10. Les incohérences
Un personnage qui change de couleur d’yeux, une saison qui saute, une blessure oubliée deux chapitres plus tard : ces erreurs ne relèvent pas de la langue, mais elles sortent le lecteur de l’histoire aussi sûrement qu’une faute d’orthographe. Une fiche par personnage et une chronologie tenue à jour vous éviteront bien des surprises.
Ce qu’il faut retenir
Aucun logiciel ne repère l’ensemble de ces erreurs : c’est précisément le rôle d’une correction humaine. Pour aller plus loin seul, mon guide Comment corriger son roman presque comme un pro détaille ces pièges et bien d’autres. Et si vous préférez confier votre texte à une professionnelle, la correction approfondie est faite pour vous.
Estelle Chariat est correctrice-relectrice certifiée depuis 2018 et autrice. Elle a corrigé plus de 400 textes pour des auteurs autoédités et des maisons d’édition.
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