Antidote suffit-il pour corriger un roman ?

J’utilise Antidote sur chacun des manuscrits que je corrige. C’est un excellent outil, que je recommande volontiers aux auteurs. Mais je ne l’utilise qu’en dernier, après une correction manuelle complète. Voici pourquoi.

Ce qu’Antidote fait très bien

Antidote repère une grande partie des fautes d’accord, de conjugaison et d’orthographe d’usage. Il signale les espaces manquantes, certaines répétitions rapprochées, les anglicismes et les tournures lourdes. Pour un auteur, c’est un précieux premier filtre avant d’envoyer son texte.

Ce qu’il ne voit pas

Le sens de votre histoire

Un logiciel analyse des phrases, pas une histoire. Il ne sait pas que votre héroïne avait les yeux bleus au chapitre 2, que la scène se passe en hiver ou que ce personnage est mort trois pages plus tôt. Les incohérences, parmi les erreurs les plus gênantes pour un lecteur, lui échappent totalement.

Les mots justes mais mal employés

Une phrase peut être grammaticalement correcte et pourtant fautive : un homonyme bien orthographié, un mot employé dans un sens qu’il n’a pas, une expression déformée. Le logiciel ne peut pas toujours deviner ce que vous vouliez dire.

Le style

Antidote signale des répétitions, mais pas les tics d’écriture qui reviennent de chapitre en chapitre. Il propose des reformulations, mais ne sait pas si une phrase longue est une maladresse ou un choix délibéré. Il ne connaît pas votre voix.

Les fausses alertes

À l’inverse, le logiciel signale parfois des erreurs qui n’en sont pas : un dialogue volontairement familier, une construction rare mais correcte, une licence assumée. Accepter toutes ses suggestions, c’est risquer d’appauvrir et d’uniformiser votre texte.

Ma méthode : l’humain d’abord, le logiciel ensuite

Lors d’une correction approfondie, j’analyse et corrige d’abord votre manuscrit en entier, caractère par caractère. C’est cette lecture qui saisit le sens, les intentions et la voix. Le passage à Antidote vient ensuite, comme un dernier filet de sécurité : chaque alerte est examinée, et je ne retiens que celles qui sont justifiées.

Bien utiliser Antidote quand on est auteur

Quelques conseils pour en tirer le meilleur :

  • passez votre texte au correcteur avant de l’envoyer à une correctrice : elle pourra se concentrer sur l’essentiel ;
  • lisez les explications du logiciel plutôt que d’accepter les corrections en bloc : c’est la meilleure façon de progresser ;
  • ne modifiez pas ce que vous avez écrit volontairement : un logiciel n’a pas à décider de votre style.

Estelle Chariat est correctrice-relectrice certifiée depuis 2018 et autrice. Elle a corrigé plus de 400 textes pour des auteurs autoédités et des maisons d’édition.

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